En 1986, le psychanalyste Paul-Claude Racamier invente le concept (fumeux et très francophone) de « pervers narcissique ». Mais ce sont véritablement les ouvrages de Marie-France Hirigoyen et d’Alberto Eiguer qui portent la stigmatisation du pervers narcissique au pinacle du haïssable (et au sommet des ventes en librairie). Flairant peut-être le filon, une kyrielle d’auteurs leur emboîte le pas : sus au pervers, à bas les prédateurs, résistons à l’emprise ! Depuis, je suis stupéfait par le nombre de femmes de mon entourage qui sont victimes d’un pervers narcissique. Oui parce que, sans aucun sexisme, vous remarquerez que les pervers narcissiques sont rarement des femmes. Elles en sont les victimes. C’est comme ça ! Tout problème de couple, toute mésentente conjugale, toute panne relationnelle, toute fin amoureuse trouve son explication dans cette analyse sans appel : monsieur est un pervers narcissique. Ah bon, alors dans ce cas, nous ne pouvons que nous incliner…
D’où provient ce diagnostic ? Soit d’une lecture attentive des ouvrages de développement personnel sur ce thème et conséquemment d’une auto-analyse, soit de la consultation d’un psy. Ni vous ni moi n’y pouvons rien, nombre de psys voient des pervers narcissiques partout. C’est leur dada du moment !
Mais qu’est-ce qu’un pervers narcissique ?
Le pervers narcissique –nous dit Racamier- se caractérise par « la capacité et le plaisir de se mettre à l'abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d'un objet manipulé comme un ustensile ou un faire-valoir. » Pour simplifier, il s’agit d’une personne qui a un besoin constant d’être admirée et reconnue (personnalité narcissique), besoin qu’il cumule avec le fait de s’imposer en manipulant les autres afin de satisfaire en priorité ses propres désirs (perversion).
Regardez-moi dans les yeux...
Ne vous sentez-vous pas un brin narcissique ? Ne seriez-vous pas un poil pervers ? Ne vous arrive-t-il jamais de manipuler les autres ? Bien sûr que si. Mais, nous dit M.F. Hirigoyen, « le processus pervers ne devient destructeur que par la fréquence et la répétition. » Alors que faire si vous êtes victime d’un(e) pervers(e) narcissique ? Permettez-moi d’être un peu cru : arrêtez de pleurer sur votre sort, cessez de jouer la victime, ne prenez pas sur vous, ne rêvez pas d’une relation idéale, reprenez votre autorité naturelle, cessez toute prétention à changer les autres et lisez par exemple Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés.




